Escales En Méditerranée (French Edition)

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Extrait :On ne voyait pas la mer, de la maison où je suis né, mais le port n’en était pas loin avec ses quais, ses bassins, sa jetée, et la mer était intimement mêlée à la vie de cette petite ville normande dont je revois encore dans mon souvenir les rues étroites et pittoresques où les coiffes paysannes se croisaient avec les bérets marins. Je revois le marché avec ses étalages de grasses volailles et de grosses mottes de beurre, la poissonnerie, si bruyante aux heures de vente à la criée, quand les barques de pêche avaient déchargé les captures de leurs filets et que, voiles carguées, elles montraient à marée basse leurs flancs tout incrustés de coquillages et tout visqueux d’algues et de vase, les lourdes barques que j’aimais à voir rentrer et dont je retrouvais les coques et les agrès en miniature suspendus en ex-voto à la voûte de l’antique chapelle auprès de laquelle j’allais jouer, enfant, sous les grands arbres de la Côte de Grâce, tout frémissants des souffles de l’Estuaire.. Certes, je l’aimais, cette Côte de Grâce, qu’on l’abordât par les raidillons du Mont Joli, qu’on y parvînt par la longue avenue en pente ombragée qui y conduisait, mais je lui préférais encore les quais avec leurs anneaux de fer où s’amarraient les câbles goudronnés, où les douaniers faisaient les cent pas, où zigzaguait parfois un matelot éméché, où les retraités fumaient leur pipe en crachant gravement sur la dalle, où se bousculaient les polissons, les quais où le bateau à vapeur, venu du Havre, accostait et bombait sur ses roues à aubes ses imposants tambours, où les voiliers de Norvège débarquaient leur chargement de planches de sapin aux larmes résineuses, les bons vieux quais de mon Honfleur natal que dominait le bizarre édifice de la Lieutenance, les quais où j’avais admiré, une fois, au milieu d’un cercle de badauds, un étonnant personnage qui, moyennant quelque monnaie qu’on lui donnait, se régalait, sans en paraître incommodé, d’un plat de galets dont il avalait le plus gros avec une visible satisfaction.. De ces souvenirs, de ces impressions de mon enfance honfleuraise, j’ai gardé le goût des choses de la mer. Depuis, j’ai toujours aimé les horizons de ciel et d’eau, le rythme des vagues, l’ondulation des algues, l’odeur de l’air salin, la forme des coquillages, le gonflement des voilures, la fierté des étraves, la courbe des coques, la vivante beauté des navires. La vue d’une boussole ou d’une ancre m’a toujours fait rêver.. ⁂Cet attrait pour la mer, je l’ai emporté en moi, quand j’ai quitté la petite ville normande pour le Paris où s’est achevée mon enfance et où s’est écoulée ma jeunesse. Paris avait pour moi sa mer intérieure : son bassin des Tuileries où voguait toute une flottille minuscule. Que d’heures j’ai passées autour de sa margelle de pierre à suivre des yeux les fortunes de mon sloop ou de ma goélette !. J’y ai assisté à des combats, à des régates et aussi à des naufrages. Parfois la retombée du haut jet d’eau était fatale à nos escadres qui avaient aussi parfois affaire avec le bec des cygnes, redoutable aux voilures et aux gréements, mais, malgré ces déboires inévitables, j’ai goûté là de grands plaisirs. Vint ensuite celui des longues lectures : livres de voyages et d’aventures, le temps où l’on ne rêve que corsaires, pirates, flibustiers, boucaniers, hache d’abordage, coutelas entre les dents, îles désertes, récifs de corail, aiguades et biscuit de mer, gallons d’eau douce et bouteilles de rhum. Le vent fait flotter aux mâts les pavillons ; les hunes se balancent, les fanaux s’allument, l’équipage est sur le pont, on inonde la soute aux poudres, le capitaine n’a pas quitté son banc de quart. On sombre, perdus corps et biens, le radeau.
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