PRÉFACE. Le Roman que voici fut publié en 1851, pour la première fois.. À cette époque, l’auteur n’était pas entré dans cette voie de convictions et d’idées auxquelles il a donné sa vie. Il n’avait jamais été un ennemi de l’Église. Il l’avait, au contraire, toujours admirée et réputée comme la plus belle et la plus grande chose qu’il y ait, même humainement, sur la terre. Mais chrétien par le baptême et par le respect, il ne l’était pas de foi et de pratique, comme il l’est devenu, grâce à Dieu.. Et comme il n’a pas simplement ôté son esprit des systèmes auxquels il l’avait, en passant, accroché, mais que, dans la mesure de son action et de sa force, il a combattu la philosophie et qu’il la combattra tant qu’il aura souffle, les Libres Penseurs, avec cette loyauté et cette largeur de tête qu’on leur connaît, n’ont pas manqué d’opposer à son catholicisme d’une date récente un Roman d’ancienne date, qui ose bien s’appeler UNE VIEILLE MAÎTRESSE, et dont le but a été de montrer non seulement les ivresses de la passion, mais ses esclavages.. Eh bien ! c’est cette opposition entre un livre pareil et sa foi que l’auteur d’UNE VIEILLE MAÎTRESSE entend repousser aujourd’hui. Il n’admet nullement, quoiqu’il plaise aux Libres Penseurs de le dire, que son livre, dont il accepte la responsabilité puisqu’il le réédite, soit véritablement une inconséquence aux doctrines qui sont à ses yeux la vérité même. À l’exception d’un détail libertin dont il se reconnaît coupable, détail de trois lignes, et qu’il a supprimé dans l’édition qu’il offre aujourd’hui au public, UNE VIEILLE MAÎTRESSE, quand il l’écrivit, méritait d’être rangée dans la catégorie de toutes les compositions de littérature et d’art qui ont pour objet de représenter la passion sans laquelle il n’y aurait ni art, ni littérature, ni vie morale, car l’excès de la passion, c’est l’abus de notre liberté.. L’auteur d’UNE VIEILLE MAÎTRESSE n’était donc alors, comme il n’est encore aujourd’hui, qu’un romancier qui a peint la passion telle qu’elle est et telle qu’il l’a vue, mais qui, en la peignant, à toute page de son livre l’a condamnée. Il n’a prêché ni avec elle ni pour elle. Comme les romanciers de la Libre Pensée, il n’a pas fait de la passion et de ses jouissances le droit de l’homme et de la femme et la religion de l’avenir. Il l’a exprimée, il est vrai, le plus énergiquement qu’il a pu, mais est-ce de cela qu’on lui fait un reproche ?… Est-ce de l’ardeur de sa couleur comme peintre qu’il doit catholiquement s’accuser ?… En d’autres termes, la question posée contre lui à propos d’UNE VIEILLE MAÎTRESSE n’est-elle pas beaucoup plus haute et plus générale que l’intérêt d’un livre dont on ne parlait pas tout le temps qu’on manquait de motif pour le jeter à la tête de son auteur ? Et cette question n’est-elle pas, en effet, celle du roman lui-même, auquel les ennemis du Catholicisme nous défendent, à nous, Catholiques, de toucher ?. Oui, voilà la question ! Posée ainsi, elle est impertinente et comique. Voyez plutôt ! Dans la morale des Libres Penseurs, les Catholiques n’ont pas le droit de toucher au roman et à la passion, sous le prétexte qu’ils doivent avoir les mains trop pures, comme si toutes les blessures qui jettent du sang ou du poison n’appartenaient pas aux mains pures ! Ils ne peuvent pas toucher au drame non plus, car c’est de la passion encore. Ils ne doivent toucher ni à l’art, ni à la littérature, ni à rien, mais s’agenouiller dans un coin, prier et laisser le monde et la Libre Pensée tranquilles. Certes, je le crois bien que les Libres Penseurs voudraient cela ! Si c’est bouffon par un côté, par l’autre une telle idée a sa profondeur. Je crois bien qu’ils aimeraient à se débarrasser de nous par un tel ostracisme, à pouvoir dire, nous ayant barré toutes les avenues, toutes les spécialités de la pensée : « Ces misérables Catholiques ! sont-ils en dehors de toutes les voies de l’esprit humain ! » .