Extrait :. Ômère ensevelie hors du premier jardin,Vous n’avez plus connu ce climat de la grâce,Et la vasque et la source et la haute terrasse,Et le premier soleil sur le premier matin.. Et les bondissements de la biche et du daimNouant et dénouant leur course fraternelleEt courant et sautant et s’arrêtant soudainPour mieux commémorer leur vigueur éternelle,. Et pour bien mesurer leur force originelleEt pour poser leurs pas sur ces moelleux tapis,Et ces deux beaux coureurs sur soi-même tapisAfin de saluer leur lenteur solennelle.. Et les ravissements de la jeune gazelleLaçant et délaçant sa course vagabonde,Galopant et trottant et suspendant sa rondeAfin de saluer sa race intemporelle.. Et les dépassements du bouc et du chevreuilMêlant et démêlant leur course audacieuseEt dressés tout à coup sur quelque immense seuilAfin de saluer la terre spacieuse.. Et tous ces filateurs et toutes ces fileusesMêlant et démêlant l’écheveau de leur course,Et dans le sable d’or des vagues nébuleusesSept clous articulés découpaient la Grande Ourse.. Et tous ces inventeurs et toutes ces brodeusesDu lacis de leurs pas découpaient des dentelles.Et ces beaux arpenteurs parmi ces ravaudeusesDessinaient des glacis devant des citadelles.. Une création naissante et sans mémoireTournante et retournante aux courbes d’un même orbe.Et la faîne et le gland et le coing et la sorbePlus juteux sous les dents que la prune et la poire.. Vous n’avez plus connu la terre maternelleFomentant sur son sein les faciles épis,Et la race pendue aux innombrables pisD’une nature chaste ensemble que charnelle.. Vous n’avez plus connu ni la glèbe facile,Ni le silence et l’ombre et cette lourde grappe,Ni l’océan des blés et cette lourde nappe,Et les jours de bonheur se suivant à la file.. Vous n’avez plus connu ni cette plaine grasse,Ni l’avoine et le seigle et leurs débordements,Ni la vigne et la treille et leurs festonnements,Et les jours de bonheur se suivant à la trace.. Vous n’avez plus connu ce limon qui s’encrasseÀ force d’être épais et d’être nourrissant ;Vous n’avez plus connu le pampre florissant,Et la race des blés jaillis pour votre race.. Vous n’avez plus connu l’arbre chargé de pommesEt pliant sous le faix dans la mûre saison ;Vous n’avez plus connu devant votre maisonLes blés enfants jaillis pour les enfants des hommes.. Ce qui depuis ce jour est devenu la fangeN’était encor qu’un lourd et plastique limon ;Et la Sagesse même et le roi SalomonN’eût point départagé l’homme d’avecque l’ange.. Ce qui depuis ce jour est devenu la sommeS’obtenait sans total et sans addition ;Et la Sagesse assise au coteau de SionN’eût point dépareillé l’ange d’avecque l’homme.. Vous n’avez plus connu ni cette plaine rase,Ni le secret ravin aux pentes inclinées,Ni le mouvant tableau des ombres déclinées.Ni ces vallons plus pleins que le flanc d’un beau vase.. Vous n’avez plus connu les saisons couronnéesDansant le même pas devant le même temps ;Vous n’avez plus connu vers le même printempsLe long balancement des saisons prosternées.. Vous n’avez plus connu les fleurs nouvelles-néesJaillissant des sommets en énormes cascades ;Vous n’avez plus connu les profondes arcades,Et du haut des cyprès les ombres décernées.. Vous n’avez plus connu les naissantes annéesJaillissant comme un chœur du haut du jeune temps ;Vous n’avez plus connu vers un jeune printempsLe chaste enlacement des saisons alternées.. Vous n’avez plus connu les saisons discernéesPar un égal bonheur au creux d’un même temps ;Vous n’avez plus connu vers un égal printempsL’égal déroulement des saisons gouvernées.. Vous n’avez plus connu les saisons retournéesVers un égal bonheur et vers le même temps ;Vous n’avez plus connu vers le même printempsLe souple enroulement des saisons détournées.. Vous n’avez plus connu de l’un à l’autre pôle.